dimanche 17 juillet 2016

Le nénuphar, à l'ombre d'une jeune femme en fleur

"Support the power of women
Use the power of man
Support the flower of women
Use the word
Fuck
The word is love..."

Flower, Sonic Youth, 1985

J'aime décidément beaucoup cette rubrique qu'est "Cinderella's big score" qui, comme vous l'avez certainement compris chers lecteurs, est exclusivement dédiée à toutes ces femmes fortes et exceptionnelles que j'admire beaucoup, qu'elles soient réelles ou fictionnelles, faites de chair et de sang, de papier et d'encre, celles qui vivent envers et contre tout leur vie et leurs rêves, guerilla girls et femmes indépendantes, personnages d'exception et franc tireurs pour qui les mots "honnêteté", "courage" et "liberté" ne sont pas de vulgaires concepts abstraits, mais un vrai lifestyle à part entière, indissociable de leurs personnalités. Je parle souvent de rockstars et autres teenage riot girls qui seraient dessinées par Jamie Hewlett ou Daniel Clowes, personnages fictifs qui me ressemble sur beaucoup de points et qui sont liés corps et âmes à la Mauvaise Influence, mais aujourd'hui je vous parlerais d'un personnage bien réel, une jeune femme combattante, vraie warrior en puissance qui m'a bouleversé et aussi beaucoup amusé avec une première œuvre graphique traitant d'un sujet qu'elle connait très bien hélas et pas vraiment amusant de surcroit puisqu'il s'agit du cancer. J'avais déjà parlé de ce sujet par le passé avec un roman graphique du nom de "Chauve(s)", écrit et dessiné par Benoit Desprez qui raconte les tribulations de sa compagne atteinte du cancer du sein sur un ton rafraichissant et décalé, car d'une part je m'y intéresse depuis quelques années déjà même si personnellement je n'ai jamais été concernée par la maladie et puis je trouve qu'il y a encore trop peu d'ouvrages de qualité concernant les témoignages de (sur)vivants, pour certains cancer rimant avec pleurer dans les chaumières ou carrément relégué au rang de vilain tabou dont il ne faut jamais prononcer le nom. Alors que briser le silence reste à mon sens un moyen imparable de faire face à l'adversité et d'exprimer des choses fortes, et c'est ce que fait très bien notre héroïne "flower girl" du jour.


































Difficile d'imaginer le scénario de la maladie quand on est bien portant, impensable de s'entendre dire un beau jour "vous êtes atteint d'un cancer" puisque cela n'arrive qu'aux autres et jamais à soi même parait il. Et pourtant, Chloé Renault est passé par cette étape la, piégée à l'âge de 22 ans par cette créature invisible et sournoise que l'on appelle pudiquement "crabe", ennemi redoutable qui dans son cas s'appelle cancer du sinus, bourgeonnant sans limite telle une fleur du mal. Une fleur du mal qui à éclos peu à peu en elle, venant de l'inconnu car malgré les avancées considérables de la médecine, on ne peut pas exactement dire pourquoi une telle chose nous arrive soudain, et c'est bien ça le drame. Un drame qui faut avoir vécu de l'intérieur et au quotidien pour le comprendre véritablement, et Chloé en parle à la fois avec tant d'humour, de joliesse et de lucidité dans son carnet de route, sobrement intitulé "le nénuphar", décrivant ainsi sa propre fleur du mal qui lui a causé tant de péripéties. Bon nombre de témoignages sur le cancer pullulent sur les étals des libraires, du plus humble au plus "people", cependant la plupart d'entre eux ne reflètent qu'une vision assez simpliste très hagiographique et larmoyante de la maladie histoire de bien faire pleurer dans les chaumières et sans réellement vouloir faire avancer les choses, personnellement ce genre d'ouvrages m'agacent au plus haut point, ces sentiments factices de pitié et de commisération dégoulinante très peu pour moi. Le livre de Chloé Renault se démarque complètement de ceux la, puisqu'au delà du simple témoignage, il apporte une dimension nouvelle et pleine de fraicheur avec son lot d'anecdotes parfois amusantes sur un sujet qui ne l'est pas forcément, des petites astuces bien senties, et surtout une vraie belle réflexion personnelle sur le cancer et ce qui en découle, la vie quotidienne, les traitements lourds et contraignants, les relations sociales souvent compliquées, les questions intimes et la crainte d'une rechute, telle une épée de Damoclès perpétuelle au dessus de la tête.





























Un bel ouvrage au ton rafraichissant et décalé comme on aimerait en voir plus souvent dans les librairies, agréable à lire avec ses petits dessins drôles et pertinents accompagnant un texte tout aussi drôle et pertinent. Le genre d'initiative salvatrice pour faire prendre conscience à tout ceux et celles qui prennent peur devant cette redoutable maladie qu'est le cancer, on plutôt devrais je dire LES cancers, que rien ne vaut le courage et la franchise, et surtout de ne JAMAIS cesser de vivre envers et contre tout, espérer sans cesse, sans forcément tomber dans des délires new age de baba cool type méthode Coué complètement vides de sens. La maladie cela n'arrive pas qu'aux autres, nous pouvons tous être concernés un jour ou l'autre, mais cela ne doit jamais briser notre envie d'exister et de continuer le combat, même tenaillé par le doute et la peur du lendemain, et cela Chloé l'explique très bien de son point de vu de (sur)vivante. Et plus qu'un simple carnet de route aux allures de journal intime illustré, ce "nénuphar" explique aussi aux néophytes quelques termes techniques concernant le cancer de façon ludique avec un petit glossaire détaillé. A mettre entre toutes les mains, malades ou bien portants, pour tout les vivants et les êtres humains de 15 à 150 ans dès la rentrée prochaine!

** "Le nénuphar, carnet de route avec un cancer", textes et dessins de Chloé Renault, éditions Marabout. Disponible à partir du 5 octobre **

** Le site officiel de l'association http://www.lenenuphar.fr/

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